• Les Matronalia, la fête des mères dans la Rome païenne

    "Les premières traces de célébration en l'honneur des mères sont présentes dans la Grèce antique lors des cérémonies printanières en l'honneur de Rhéa (ou Cybèle), la grande mère des dieux et notamment mère de Zeus. Ce culte était célébré aux Ides de Mars dans toute l'Asie Mineure. Une fête religieuse romaine célébrait les matrones le 1er mars, lors des Matronalia (« matronales »)." (source)

    "Les Matronalia étaient célébrées le 1er mars (qui était le premier jour du printemps chez les Romains), et sont considérées aujourd'hui comme la « fête des mères latine » ; elles célébraient la naissance de Rome, le Printemps, les enfants et les mères. Cette fête des mères – dont le nom est tiré de matrona, mère de famille – est l’occasion pour elles, une fois reçus de leurs maris des cadeaux et de l’argent, de se rendre au temple de Juno Lucina (celle qui donne la lumière aux enfants, en leur donnant le jour), sur l’Esquilin, la tête couronnée de fleurs et les mains pleines de bouquets qu’elles offrent à la déesse. C’est aussi dans ce temple que tout père de famille, à la naissance d’un enfant, déposait une pièce de monnaie ; ce procédé permettait de compter les naissances !" (source)

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    "Fêtées le 1er Mars, les Matronalia - ou matronales feriae - célèbrent les Matrones (comme le nom l'indique), c'est-à-dire les mères de famille. Avant la réforme du calendrier par Jules César, le 1er Mars était le premier jour de l'année, et la première fête religieuse célèbre la figure de la mère, et donc la fécondité. 

    Plus être plus précise, on honore ce jour-là Junon Lucine (Juno Lucina - déesse de lumière), qui préside aux accouchements. A l'origine, le qualificatif dériverait du mot lucus (bois, forêt) : le plus ancien sanctuaire consacré à Junon Lucine s'élevait en effet près d'un bois sur l'Esquilin, et avait été fondé par le roi sabin Titus Tatius en 735 avant J.C. Mais l'adjectif fut bientôt rapproché du terme Lux (lumière) faisant de Junon Lucine la déesse veillant à la délivrance des parturientes, en aidant les futures mères à "donner le jour". Elle est souvent représentée voilée, portant un bébé et tenant généralement une fleur dans la main droite. 

    Représentation gallo-romaine de Junon Lucine. (Via oldbookillustrations.com)

     On ne sait pas grand-chose du rituel en lui-même, ni même de l'origine de la fête.  Dans ses "Fastes"Ovide établit un lien évident entre l'accouchement et l'arrivée du printemps et le renouveau de la nature, mais il tente aussi d'interroger le Dieu Mars et de comprendre pourquoi les Matronalia sont célébrées durant les Calendes du mois qui lui est dédié. Le Dieu de la guerre avance deux explications : la commémoration de la fondation du Temple de l'Esquilin consacré à Junon Lucine, et la paix entre les Romains et les Sabins après que les premiers ont enlevé les épouses et filles des seconds. Je rappelle brièvement qu'à l'instigation de Romulus, fondateur de Rome (et accessoirement fils de Mars), les Romains avaient enlevé les Sabines, et que celles-ci étaient finalement intervenues pour rétablir la paix entre leurs pères et leurs maris (Voir ici pour plus de détails), rendant possibles les unions grâce auxquelles elles allaient donner naissance aux futurs citoyens romains. 

    "Ajoute que, sur la colline où le roi de Rome montait la garde, et qui aujourd'hui porte le nom d'Esquilies, à cet endroit, mes brus latines élevèrent un temple à Junon, consacré officiellement ce jour-là, si j'ai bon souvenir. Pourquoi m'attarder et te surcharger l'esprit de causes diverses ?" (Ovide, "Les Fastes", III - 245.)

    La cérémonie en elle-même débute dans le bois sacré adjacent au Temple de Junon Lucine. Maris et femmes y déposent des couronnes de fleurs et adressent des prières pour la protection de leur union. Alors que l'usage veut qu'une femme ne se montre jamais en public les cheveux épars, les Romaines - et en particulier les femmes enceintes - les portent détachés ; elles doivent également prendre garde à ce qu'aucun nœud ou ceinture n'entrave leur tenue vestimentaire, afin que la Déesse puisse faciliter la venue d'un enfant. 

    "Apportez des fleurs à la déesse : elle se complaît dans les plantes écloses, cette déesse ; ceignez-vous la tête de fleurs délicates. Dites-lui : 'C'est toi, Lucina, qui nous as donné la lumière' ;   dites-lui : 'C'est à toi d'exaucer le vœu de la femme en couches !' Cependant, si une femme est enceinte, qu'elle dénoue ses cheveux et prie la déesse de la délivrer en douceur de ses couches." (Ovide, "Les Fastes", III - 253.)
    Matrone avec son fils. (Musées du Capitole - ©Ann Raia via vroma.org)
     
    La fête se poursuit ensuite dans le cadre privé, où l'on honore cette fois la mère de famille : elle reçoit des présents de son époux et de ses enfants, et on prie pour sa santé. En revanche, la maîtresse de maison est tenue de servir les esclaves, tout comme le pater familias le fait lors des Saturnales clôturant l'année. D'ailleurs, Martial désigne les Matronalia comme les "Saturnales des calendes de Mars." (Martial, "Épigrammes", V - 84 - 11.)

    Il faut bien noter que seules les femmes mariées sont concernées par les Matronalia - au contraire des célibataires et des femmes de mœurs légères (les prostituées, quoi !), à qui l'accès au Temple de Junon Lucine est normalement interdit ce jour-là. Toutefois, si elles contreviennent à cette interdiction, elles peuvent expier leur faute en sacrifiant un agneau à la Déesse. Cette exclusion est finalement logique puisque Junon Lucine, épouse du Dieu suprême Jupiter, est en fait la personnification de la matrone idéale dans son rôle le plus important - celui de mère de famille, chargée de fournir des héritiers à la gens et des citoyens à l’État romain. 

    Monnaie de Crispina Augusta (épouse de Commode) avec Junon Lucine au revers.

    Fête religieuse, les Matronalia ont d'ailleurs joué un certain rôle politique. Si elles durent en théorie une seule journée, elles s'étendent parfois sur toute une semaine dans le cadre privé. C'est en particulier le cas au début de l'Empire, où la célébration est mise en avant car elle correspond à la politique nataliste voulue par Auguste, qui promulgue une série de lois favorisant le mariage et les naissances, et sanctionnant ou réprimant les divorces et l'adultère. 

    Le Christianisme s'imposant dans l'Empire romain, l’Église tente de supprimer les cérémonies païennes, dont font partie les Matronalia. 

    "L'Esprit saint reproche aux Juifs leurs jours de fête: 'Mon âme, s'écrie-t-il, a en horreur vos sabbats, vos néoménies et vos solennités.' Et nous, pour qui n'existent plus ces sabbats, ces néoménies, ces solennités que Dieu chérissait autrefois néanmoins, nous assistons aux fêtes de Saturne, de Janus, du solstice d'hiver, de la grande matrone! nous échangeons des présents! nous donnons et recevons des étrennes! les jeux, les banquets retentissent pour nous!" (Tertullien, "De l’idolâtrie", XIV.)

    Mais les vieilles traditions subsistant, on décide au Moyen-Âge de décaler la fête au quatrième dimanche du Carême, afin d'honorer non plus la mère au sens strict du terme, mais notre Sainte-Mère l’Église. A cette date, chacun est tenu de retourner dans son village d'origine pour les cérémonies religieuses, et on en profite pour rendre visite à sa famille, et donc à sa mère... Je n'ai pas pu corroborer l'information, mais un site anglais affirme qu'à cette occasion, les Seigneurs permettent à leurs vassaux de cueillir des fleurs dans leurs jardins, et que ce geste serait à l'origine de la tradition qui veut que l'on offre des fleurs à sa maman le jour de sa fête ! Se non e vero, e ben trovato..."

    (source)

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